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(suite : Totems choisis)

Une autre observation sur les cultures précolombiennes est interressante à ce titre :

La nature des religions précolombiennes se divisent clairement en deux types :

  1. Au nord l'organistion clanique totémique classique des peuples primitifs.
  2. Au sud des organistions religieuses qui font irrésistiblement penser aux premières grandes civilisations moyen-orientales et asiatiques.

Mais qu'est-ce qui différentie donc les deux ?

Eh bien, les premières sont largement restées au stade du chasseur cueuilleur, alors que les secondes sont passées à celui du Cultivateur-éleveur.

Ce passage marquera définitivement une rupture cosmologique de l'univers en ancrant définitivement l'idée de possession humaine dans sa "culture" (terme employé à dessein ici).

Ainsi, si auparavant les produits "de la nature" n'appartenaient d'emblée à personne en particulier, désormais ceux qui s'étaient donné la peine de planter la semence devenaient propriétaires des récoltes ainsi obtenues. Ce n'est d'ailleurs pas tant la plantation qui importe ici, que l'idée qu'il y ait un rapport entre cette plantation et l'émergence de la vie qui s'ensuit.

On passe ainsi d'une culture vaguement matriarcale, à une "culture" profondément patriarcale : Ce n'est plus "mère" nature qui engendre la vie sur laquelle nous exercerions notre prédation, mais le planteur de "semence" qui génère cette vie nourricière... le père en sorte. L'humain même n'est plus tant le fruit de la nature qu'auto-régénéré par sa semence. Ce n'est pas tant le fait de se reproduire qui fait de lui un être à part dans la création (tous les êtres vivants se reproduisent), c'est le fait de le savoir, et d'ainsi pouvoir s'exonérer d'un pouvoir absolu et sacré de la nature. C'est dieu "Le Père" qui a enfanté la nature désormais et non plus mère nature qui enfanta l' "homme".

Il y a là une rupture cosmologique quand à la vision de l'univers.

Elle marque une rupture dans l'unité cosmologique en introduisant une nouvelle composante de source de vie en concurrence avec l'ancienne, mais surtout en tant que deux façons de la concevoir.

Il est évident que pour un chasseur-cueilleur un fruit passant à sa portée lui est octroyé par la nature, et si c'est un cultivateur qui l'a "généré" pour ainsi dire, il ne fera pas à priori la différence et se l'appropriera de même : Colère du cultivateur qui fera valoir sa "propriété" : notion alors assez vague. C'est aussi l'émergence de conflits fort marqués autour de la notion de propriété qui devenait désormais centrale socialement.

On dira aussi que c'est la naissance d'un rapport marxiste-darwiniste aux choses. Si l'idée de propriété s'est imposée, ce n'est tant qu'elle soit pertinente quand à son rapport de causes à effets, que parce que les cultivateurs-éleveurs produisaient plus de substances que "mère" nature toute seule, et de fait leur nombre grandit plus rapidement que les chasseurs-cueilleurs, leur permettant d'imposer ainsi leur suprématie sur leurs récoltes, et fourrage pour leurs animaux d'élevage idem ; mais surtout d'imposer par là leur cosmologie "patriarcale" de planteurs générant la vie. Par ailleurs, si une terre plantée rapporte plus de nourriture aux cultivateurs que ce qu'elle peut rapporter aux chasseurs, les premiers prospèrerons plus vite et pourrons imposer leur prééminence sur les seconds : De fait la nature (ou portion de nature) est dorénavant plus sensée appartenir à celui qui sait le mieux en tirer profit... d'où désormais des conflits répétitifs entre les divers prétendants à savoir mieux en tirer parti (à y dévelloper une démographie plus soutenue formant de futurs plus gros bataillons).

Le mérite ! et délitement de la solidarité

Mais désormais deux conceptions cosmologiques s'affrontaient, l'une n'étant plus complémentaire de l'autre mais antagoniste par maints aspects, même si les deux systèmes pouvaient se compléter - Le cultivateur restera chasseur à l'occasion, et surtout "mère" nature aura quand même le dernier mot sur l'abondance des récoltes - l'une prévaudra sur l'autre néanmoins dans le concept de propriété, à la fois sur les récoltes mais aussi sur les terres plantées (moyens de productions).

La dynamique est symboliquement oedipienne : Dieu, le "père" porteur de semense, prend place et possession de "mère" nature, mais cette dernière ne risque-t-elle pas de se venger par de mauvaises récoltes ?  De fait, en tant que déité unique le "père" cumule les fonctions paternelles et maternelles : IL est la représentation de la prétention des sociétés humaines à vouloir concurencer la nature dans la genèse de la vie et sa régénération, mais aussi la crainte de cette société humaine que la nature ne veuille reprendre ses droits. (En ce sens la peur de la castration oedipienne ne viendrait pas tant du père, mais d'un retour colérique de la "mère" symbiotique initiale dépossédée de sa toute puissance, mais symbolisée par le "père" quand même). Aussi là, c'est la notion de culpabilité religieuse : Le croyant, identifié à son totem, en partage la culpabilité de sa prétention à rogner les prérogatives de "mère" nature : Aaah... le mythe du paradis perdu... volé... Le péché originel est d'avoir dérobé la recette de la plantation du pommier au paradis de mère nature : où elle nous prodigait tout ce dont nous avions besoin. La symbolique se lit aussi à deux niveaux, le péché c'est aussi celui du cueilleur (tittillé par le principe féminin enfanteur -mère nature- qui lui dit vas-y, ma pomme t'appartient) qui vole un fruit dans le jardin du grand ensemenseur.

Aussi ce mythe se régénère de lui même : Chaque génération remodèle "mère nature" en la labourant plus efficacement que la précédente, la suivante n'hérite pas de la "mère nature" originelle mais de sa fille transfigurée par la "culture" du "père ensemenseur". Ainsi le "fils" n'a pas tant commerce avec la mère qu'avec sa génération suivante. De même, les progrès du fils dans la maîtrise de la "culture", font qu'il doit réinventer régulièrement un autre rapport à la nature que les générations précédentes. La "culture sociale" du fils doit en sorte constamment tuer la "culture paternelle" pour se trouver en adéquation avec son nouveau rapport au monde (et là on retrouve la culpabilité d'ordre paternelle).

Autant avant le système était globalement solidaire : chaque membre du clan bénéficiant de la solidarité du clan, lui même de la solidarité de la tribu, dans la redistribution des bienfaits de la nature que nul ne pouvait se prévaloir propriétaire à priori : la nature dispensant ses offrandes aux clans dans leur dépendance égale face à ses largesses. Autant désormais les récoltes dépendent de l'investissement que chacun y porte : la propriété de la production se "mérite" par l'investissement porté au départ.

Plus, très vite, certains se montrant plus habiles que d'autres dans la productivité, s'en sont retrouvés plus "méritants" que d'autres par l'accumulation de richesses afférentes à la nouvelle notion de propriété. D'où l'émergence de tribus plus puissantes, et par la suite de familles plus puissantes au sein d'une même tribu.

Nous avons vu que l'idée de totem personnel avait déjà vu jour autour d'une première émergence de la notion restreinte de propriété. Ce totem étant octroyé par "révélation" aux individus, les uns étant plus valorisants que d'autres (on hérite du caractère de son totem), on dira "bonne pioche" ou "mauvaise pioche". Aussi bien désormais ceux qui réussissaient de par leurs "mérites" devaient sûrement avoir un totem plus puissant que leurs malheureux congénères.

Avant même si l'on héritait du caractère de son totem, il n'y avait guère de hiérarchisation dans les totems, tous étaient équivalant quelles que soient les valeurs accordées aux uns et aux autres. Dorénavant non.

Non pas d'ailleurs que le totem de l'ours soit plus fort à priori que celui de l'orge : c'est la réussite du clan qui confère sa force au totem et non l'inverse : Le totem de la fleur de lys des rois de France a prévalu sur les totems de maints vassaux : qui lion, qui aigle, ours, louve et autres dragons et licornes.

Dans cette logique, les totems des cultivateurs-éleveurs ayant été plus puissants que ceux des chasseurs-cueilleurs, et les premiers ayant imposé leur loi aux seconds, il y avait désormais une hiérarchie totémique dans les valeurs qu'elles représentaient, et la cosmologie afférente qui prévalut des premiers sur les seconds.

L'ordre de la possession s'inverse ainsi, ayant reçu le don d'ensemenser, "par révélation" de son totem le possèdant : les récoltes octroyées au clan par cette révélation sont sanctifiées par le totem comme étant intouchables par les autres (rendues tabou), donc "possédées" par le totem et son clan afférant. Aussi la "production" devenait de facto un élément représentatif du totem, avec tout à coup une notion de valeur en terme de valorisation plus ou moins importante de "mère nature". Une grosse production ainsi totémisée en termes de valorisation du totem conférait donc une valeur mesurable et comparables aux autres à la force génératrice du-dit totem.

Aussi désormais, une cosmologie pouvait l'emporter sur l'autre supposément par la valeur de son totem, qui dès lors n'était plus tant complémentaire des autres, mais en concurrence plus ou moins antagoniste.

Le totem religieux (voir laïc consacré socialement) devenait désormais une figure de volonté plus ou moins hégémonique sur le totem voisin dans une concurrence au plus "méritant". Le mérite en l'occurence étant attribué à postériori à la puissance d'un totem : Puisqu'il avait permis au clan de s'imposer aux autres ayant des totems assurément moins puissants que le sien. Ceci sur fond de peuple* élu par le bon totem.

Je ne sais plus qui a dit "Dieu est du coté des gros bataillons". Et effectivement, il ne peut y aller qu'ainsi : Ceux qui réusissent le mieux ont plus de moyens que les autres... à lever bataillons plus gros que les autres, donc ! : A imposer leur totem comme étant le plus puissant, et justifier ainsi la domination d'un peuple* sur l'autre, et l'asservir coercitivement tant matériellement qu'idéologiquement.

Dans un premier temps les totems majoritaires tolérerons des totems minoritaires, c'est l'apparition du polythéisme antique (compris précolombien) avec une déité totémique principale et supérieure aux autres, marquant la domination "naturelle" d'une caste sur les autres : une monolatrie dit-on. Mais les différents peuples (* clans modernes) n'hésiteront pas à guerroyer sous la bannière de leur totem propre (mais subalterne ici) pour remettre en cause cette suprématie, et lorsqu'ils y réussissent en font le totem principal... ou bannissent les autres déités totémiques afin qu'une telle mésaventure ne leur arrive en retour. Les juifs étaient monolâtres avant qu'une cuisante défaite (à contrario) ne les fasse passer au monothéisme : Le marché étant de la part du dieu principal, "évincer mes concurrents en m'adorant exclusivement, et je vous serez mon peuple élu, que je protégerais exclusivement" (sous entendu avant je me vendais au plus offrant, dévotement parlant, tantôt l'un tantôt l'autre : ma bonne fortune changeant de camp). Le monothéisme garantirait ainsi la fidélité du dieu à son peuple, et donc sa réussite.

N.B. : Durkheim rapporte que ce passage est naturel et non coercitif  chez les Australiens primitifs (quoi que les légendes disent que deux totems se seraient affrontés et que l'un l'ait emporté : mais c'est une histoire métaphorique et non historique).

Mais aussi quelque part, c'est l'avènement d'un véritable choix totémique. Soit les juifs sont les élus de Yahvé, mais l'histoire dit surtout que c'est un contrat quasi d'égal à égal avec le totem : Yahvé ne les a choisi que parce qu'ils l'ont choisi Lui comme Dieu unique en retour.

Mais dieu est versatile, et s'accordera à d'autres peuples pour martyriser les juifs ("on ne peut avoir confiance en personne de nos jours, allez !"). Il permettra ainsi aux chrétiens d'enfoncer le clou du choix totémique : Désormais le totem s'offrait comme une liberté totale de choix. Même si par la suite les chrétiens ont abondamment usés et abusés de la coercition, ce fut au départ un libre choix personnel vraiment "réfléchi" pour le coup. Mais ce devint aussi "le père" de tous les humains, compris incroyants égarés.

Choix relatif et naissance de l'agnosticisme

Pour le primitif la question du choix ne se pose même pas : il ne fait pas partie du clan de la fourmis, il est une fourmi comme l'eau fait partie du ruisseau. C'est ainsi et c'est dans l'ordre naturel des choses. Nous avons vu que dorénavant un choix relatif était permis. Relatif car le monde clanique se transforme en systèmes de castes plus ou moins consacrées, mais encore que ces castes ne soient généralement pas étanches : Il est toujours possible pour un petit artisan de devenir un gros commerçant, et que sa "lignée" fusse "anoblie" par les puissants dont il finance les conquêtes.

On peut ainsi se placer sous la protection d'un totem de son choix plus ou moins puissant, mais aussi plus ou moins protecteur surtout dans l'idée de solidarité qui y est véhiculé.

Ceci dit le choix est certain pour les premiers chrétiens, les premiers révolutionnaires français, les premiers communistes, mais très vite, le nouveau clan ainsi formé fonctionne comme les clans primitifs se transmettant naturellement de génération en génération ; De plus, dès que la nouvelle religion devient majoritaire, elle tend à s'imposer par conformisme prudent au mieux, voir par la force au pire. Mais comment dire ? le caractère naturel de l'appartenance au totem ne vas plus de soi. Ce n'est tant une évidence ou un choix qu'une simple convention de savoir vivre ensemble. L'idée même de changer de totem en cas de basculement de domination n'est pas si rébarbative pour la plupart. On ne croit plus tant par évidence ou conviction que par confort, et dès lors que la notion de choix véritable se fait jour, les croyances s'étiolent en moult dérivés iconoclastes que chacun peut investir séparément, voir même plusieurs ensemble, par morceaux (un bout de ce totem plus un bout de celui-là, et une pincée d'un troisième), dans un investissement très relatif loin d'un absolutisme impérieux. 

Durkheim constate ainsi qu'il suffit qu'un courant social se fasse jour autour d'une vague idée pour qu'aussitôt ce courant totémise cette idée et crée ainsi une communauté (de type totémique, c'est à dire religieuse au sens sociologique). Même au plus fort des inquisitions il y a toujours eu des communautés "totémiques" très marginales, culte des moissons, maraboutismes en tous genres parfois même avec la bénédictions de la religion d'état : La confrérie des tailleurs de pierres des cathédrales par exemple, qui sera le prototype de la future "Franc-maçonnerie", sans parler des templiers et moult confréries monastiques ayant chacune leur propre "sous-théologie" qui par juxtaposition formaient un tout cosmologique - ça nous rappelle quelque chose. -

Bon, alors on n'a jamais pu observer concrètement la mutation naturelle d'une civilisation chasseur-cueilleur à celle de cultivateur-éleveur, nous n'avons vu que des conversions plus ou moins forcées des premières par des secondes.

En fait l'avantage conféré par la culture sur la chasse est telle que quelques générations doivent suffire à instaurer une suprématie des seconds sur les premiers een quelques centaines d'années voire décennies : les incas semblent ainsi brusquement "sortis de terre" trois cent ans avant l'arrivée des espagnols en bâtissant un empire de la Colombie  au sud du chili en une centaine d'année  Mais y a-t-il eut mutation brutale des rites après création de centre urbains, ou lente mutation préalable ? Et il n'y a guère de traces : l'écriture étant une invention des cultivateurs éleveurs pour formaliser les contrats d'échanges de propriétés... D'où pas d'Histoire de l'époque antérieure. On a bien quelques récits de conquérants, romains entre autre, sur les celtes qui devaient être à cette charnière, mais ce ne sont que descriptifs de conquérants se valorisant face aux vaincus forcément inintéressants. Et ces récits n'ont rien ni de précis , ni d'etnologique à forciori. Alors reste à tricoter entre paléontologie, fragments d'Histoire de conquérants et survivances coutumières de ces traditions en mutations, et vielles légendes pas trop retouchées.

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