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(suite : Totems choisis)

Le développement des sociétés agraires a eu pour effet premier la croissance de la population, et des migrations internes qui signèrent un délitement des clans, dont il ne restait plus que le nom à l'individu perdu dans les nouvelles cités.

On a vu aussi comment les anciennes "solidarités" claniques, bâties autour d'une égalité de tous devant "mère nature", pouvaient désormais céder la place à des différenciations de valeur de caste (ex clans), mais ce délitement clanique solidaire entre clans s'est opéré aussi à l'intérieur de chaque clan, suivant la nouvelle logique du plus méritant productiviste possédant.

Avant l'individu n'était qu'un élément d'un tout clanique solidaire : être membre du clan ne se méritait pas mais s'héritait naturellement. Désormais faire partie d'un groupe se mérite par son investissement personnel dans la production de biens. L'individu est ainsi seul et démuni face au défi de créer lui même ce dont il a besoin pour subsiter, (et /ou l'échanger contre moyen de subsistance), seul et en concurence d'où une agressivité émergeante.

Devant la crainte de n'être plus à la hauteur de la dignité de membre "protégé par le collectif", se mettent en place des stratégies de réassurances sociales (accumulations de biens individuels le mettant à l'abris de "mauvaises passes", mise sous la tutelle de plus puissants, groupements d'intérêts et nouvelles solidarités...). En ce sens la religion, même si son objet premier était de justifier idéologiquement le nouvel ordre, a pu être une béquille de remplacement des anciens cultes... en fédérant leurs orphelins sous de nouvelles banières qui se devaient de restaurer au moins à minima l'ancienne solidarité clanique par charité interposée.

Mais si dans le clan le statut de membre allait de soi, les nouvelles religions cautioneront l'idée de mérite, sur fond de culpabilité originelle à racheter par l'effort. C'est aussi l'invention de la charité vis à vis des laissés pour compte de la nouvelle société, un reste clanique.

Pas seulement, si un tel reste solidaire ne se fit pas jour, on eut pu craindre une véritable implosion sociale. Ce n'est sans doute pas hasard si les nouvelles religions ayant du succès seront souvent bâties sur des notions de solidarité, d'entraide, d'amour du prochain, de pactes de non agression, de miséricorde, de charité et de sagesse, car le nouvel ordre était féroce dans son illogisme individualiste et libéral, mais surtout dans sa négation de l'instinct grégaire humain car le clan répondait avant tout à une pulsion instinctive de l'humanité.

On a vu en quoi résidait la culpabilité originelle (détrôner "mère nature" de son piedestal), et sur quoi reposait l'effort nécessaire pour gagner son salut en tant que membre communautaire : Produire soi même les biens, qu'on n'attend plus comme tombant du ciel dispensés par "mère nature". Mais évidemment, la nouvelle cosmologie théologique se fera plus méthaphorique : Pas plus l'humain "post chasseur" que le chasseur primitif ne savait trop ce qu'il faisait en bidouillant sa représentation sociale totémique, tout s'est fait à l'intuition comme auparavant. A l'intuition, et à la sélection naturelle, en ce sens la société s'est faite marxiste-darwiniste (avant l'heure).

Car le totémisme prétenduement choisi a su garder de beaux restes quant à l'ostracisme religieux tel que nous le connaissons. Imposer son culte comme le seul et unique valable c'est imposer la suprématie d'un clan sur l'autre, et à terme l'assimiler ne formant plus qu'un clan, d'où plus de révolte de clans minoritaires à craindre dans l'idéal.


 

La fonction de l'effervescence collective disparaît : Ou le désenchantement religieux (voir Max Weber)

Durkheim insiste bien sur la nécessité de la "transe" durant les cérémonies religieuses, mais à y regarder de plus près les cultes modernes n'y recourent guère, à part quelques exceptions (godspells- rites de flagellation islamiques, etc...), l'hystérie communicative ne fait plus guère recette. Et les théologiens modernes en profitent pour critiquer la théorie durkheimienne par ce point qui fait défaut chez eux (et se situeraient donc en dehors - au dessus - du champ d'étude de Durkheim)

Toujours dans cette perspective historique, en passant à une société du mérite individuel, les rites s'adaptent. Avant faire quelque chose de collectif, c'était célébrer précisément ce collectif en le nourissant du plaisir communicatif d'être ensemble, d'où exhaltation.

Désormais même à faire quelque chose de collectif, c'est dans la compétition, ce que fait chacun est comptabilisé en terme de mérite plus ou moins grand que son voisin. Aussi il ne convient plus trop d'ensenser l'action du voisin et valoriser ainsi plus son action que la notre, voir on dénigre un peu pour jouer des coudes et se ménager une meilleure place. Là où avant l'action collective était souce de transcendance, on s'y regarde désormai en chiens de fayence, de façon fort peu propice à l'exhaltation collective.

A la limite, c'est celui qui intériorise le mieux ses sentiments, contenant mieux son exhaltation, qui apparait comme "maîtrisant" mieux sa participation collective (en terme de production). Par ailleurs les primitifs vivent généralement assez isolés les uns des autres, et c'est leurs regroupements pour les rites qui produit l'exhaltation. Un banlieusard moyen verra plus de monde dans les transports en commun en une demi journée qu'un primitif durant toute sa vie. En fait le citadin est pour ainsi dire sur-saturé de bain collectif, blasé, et même s'il ne l'était pas, il lui faudrait apprendre à contenir le surplus d'excitation que lui procurerait la foule pour qu'elle ne finisse par l'épuiser.

Les cultes modernes font donc une place plus grandes aux rituels acétiques, où l'exhaltation est plus intériorisée.


 

Valeur intrinsèque des totems choisis :

L'unité théocratiquement décrétée d'un clan mythique et de sa cosmologie n'est jamais qu'une vue de l'esprit : Le totem est l'expression du groupe a vouloir exister en lui-même, mais de façon intuitive. De fait le totem ne s'impose pas aux individus, il est au contraire l'émergence des courants qui traversent le collectif malgré lui, à son insue.

Ce qui donne sa vitalité à un totem c'est la réussite du groupe, mais si le groupe voisin réussit mieux demain, c'est son totem qui prendra le dessus, point.

Alors une question subsite : La valeur d'un totem influe-t-il sur la réussite de son clan. Si on prend la fleur de lys des rois de France, on en doute sérieusement. Mais pour les totems à tendances philosophiques (cf : protestantisme vs catholiscisme ; communisme vs libéralisme vs écologie) on peut se poser la question : Comme d'habitute certains ont voulu voir à postériori une supériorité des qualités totémiques protestantes sur le catholicisme, ce n'est évident (mis à part que le catholicisme voyait d'un mauvais oeil l'usure, donc les banques d'affaires). Quant au libéralisme, il tient la corde mais aussi bien la Chine a tout pour réussir à terme. Et si les chinois vivent mieux demain que les occidentaux, tout le monde jugera alors leur totem communiste bien meilleur intrinsèquement : C'est la réussite qui confère sa force au totem. Mais aussi l'écologie est en embuscade et si cette course effrénée se termine aussi mal qu'elle le prédit, la "révélation" venue de leur totem peut s'en trouver fortement magnifiée.

En fait dans le totémisme moderne, il y a une tentative de rationaliser efficacement le choix du totem (comme celui du patriacat semeur en son temps), c'est à qui trouvera la bonne formule alchimique pour en faire une pierre philosophale afin de transmuter l'avenir. Mais si l'on observe bien la multitude de sous-totems laïcs qui agitent la société en permanence, on s'apperçoit bien vite que leur résultante a sans doute plus de poids que le culte officiel et surtout n'a rien de rationalisable (le polythéisme hindou est presque plus simple à décrypter).

Ach ! So ! Peut-être qu'en totémisant la science (et la sociologie), on pourrait mieux discerner où tout ce fatra nous mêne, succitant à la marge une inflection de la "mana" (énergie qui préside aux mouvements du collectif totémique).

Mais voyons comment l'avènement élitiste sectaire des nouvelles religions s'organise de façon paranoïaque dans la page suivante.

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Une petite inquétude ... vis à vis du bouleversement écologique actuel.

Nous avons vu que l'appartenance communautaire était intrinsèquement liée à la notion de production dans notre monde moderne. Nous ne sommes plus d'emblée membre d'un clan naturellement : notre appartenance à l'humanité même est subordonnée à notre statut d'ensemenceur de la Terre en terme de génération de biens consommables : Si nous ne les générons pas , la nature est incapable d'en générer suffisament pour notre survie, désormais donc subordonnée à une production méthodiquement planifiée.

Arrêter de produire tout et n'importe quoi pour répondre aux impératifs écologique actuels va se révéler infiniment plus compliqué qu'il n'y parait. Car, idéologiquement parlant, l'identité de chacun, en tant que membre de la communauté humaine, est constituée par ce statut symbolique de générateur de biens : Celui qui ne participe pas de ce principe est un marginal parasite au mieux, voir un sauvage primitif pas très humain en soi.

Bref ! Ne pas produire est un quasi blasphème quand à notre raison d'être en tant qu'humain, et notre destinée mystique carrément.

Le salut se mérite dorénavant métaphoriquement en terme de production. Plus on produit, plus notre salut est proche en soi. Et ne serait-ce que ralentir de produire c'est quasiment scier notre planche de salut symbolique, voir se vouer au néant, au mal absolu, au diable pour tout dire.

Franchement ça ne va pas être simple comme reconversion idéologique... Car on ne parle pas tant de représentation de soi et du monde là, mais de l'âme humaine telle que forgée depuis une dizaine de millers d'années dans nos représentations mystiques que même les plus athées ont intégrées profondément.

Râmen

 

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