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(Suite : Totems choisis)

En Australie, la notion de propriété d'un territoire est absente. La terre n'appartient pas à l'humain, c'est l'humain qui appartient à la terre, il a une sorte d'indifférentiation entre l'ordre humain et l'ordre naturel : l'humain fait partie de l'ordre naturel.

Il y a même deux interdits fondamentaux : celui de posséder quoi que ce soi, et celui d'envahir l'espace "naturellement" dévolu à une tribu... les colonisateurs y sont perçus à ce titre comme des sauvages ne respectant pas les interdits fondamentaux.

On remarquera aussi l'incroyable unité du système totémique sur un continent aussi vaste que l'Australie, avec ses barrières naturelles (déserts), qui purent faire scission, mais non.

De même le système totémique nord américain... Sauf qu'à y regarder de plus près la notion de possession matérielle et territoriale y était apparue. On peut supposer que les conditions de vie plus rudes y ont imposé le développement de fabrication d'objets nécessaires à la survie : vêtements (les australiens vivaient nus), tipis et huttes (pas d'habitat pour l'australien nomade) et maints autres objets usuels.

Ceci dit le système australien avait aussi peut-être son particularisme, dû à son isolement géographique et son extrême dénuement. L'absence de propriété individuelle et surtout collective était aussi peut-être dues à la nécessité de ne pas se créer des difficultés supplémentaires par conflits interposés face au manque de prodigalité de la nature.

Il semblerait que l'idée de possession y ait fait son chemin : L'objet appartenait à celui qui l'avait produit.

En sorte tous les biens ne venaient pas essentiellement de la nature comme en Australie, mais l'humain y était aussi un pourvoyeur de biens spécifiquement démarqués. Et si certains biens appartenait à l'humain, la limite entre possessions proprement humaines et biens octroyés par la nature a pu créer une frontière assez floue. Si la hutte appartient à son bâtisseur, jusqu'où l'espace aménagé autour de la cabane par ce bâtisseur lui appartient-il ? Si des pièges sont posés par la tribu autour de son campement, les proies qui s'y prennent leur appartiennent évidemment, mais pour autant le périmètre où sont posés les pièges ne constitue-t-il pas une sorte de possession territoriale plus ou moins marquée ?

De fait, il y avait bien des conflits de territoires entre amérindiens qui n'existaient pas en Australie. On notera l'émergence d'un totémisme "personnel" assez marqué en Amérique, qui n'était que marginal en Australie. L'individu y avait son rapport privilégié à son propre totem, et ce rapport y prenait le pas sur le totem de son clan : obligations et relations symbiotiques y étant plus marqués.

Notons que le totem personnel n'appartient pas tant à l'individu qu'il n'est en fait possédé par lui : c'est le totem qui le choisit et non lui qui choisit son totem. Mais est-ce d'une autre nature lorsque nous sommes "happés" par le culte d'une "marque" : Entrons nous en sa possession, ou sommes nous "envoûté" par elle ?

Mais c'est aussi le prototype de l'idée de peuple élu... par son totem.

Néanmoins la relation au totem chez les amérindiens est marqué par cette ambiguïté. Même le totem du clan est ainsi marqué sur toutes "possessions" des membres du clan, habits, tipis, armes, divers ustensiles du quotidien. Certes il s'agit plus de rappeler aux individus qu'ils sont possédés par leur totem plus qu'ils ne le possèdent, mais en même temps ces gravures le sont sur des objets "possédés" par le totem du clan, mais donc par le clan lui-même qui s'avère en avoir été le fabriquant exclusif : objets inanimés avez vous donc une âme (clanique) ?

Cette ambiguïté sur le terme de "possession" est sans doute à l'origine de la première rupture cosmologique : Tout procédait de la nature initialement et tout lui appartenait donc, y compris l'humain. Désormais une rupture insensible se faisait donc entre l'unité cosmologique "possédante" de la nature et les possessions particulières humaines. Avec le totem personnel, les objets de la personne sont marqués aussi comme possédés par le totem de la personne, donc par la personne elle-même (en fait en tant qu'objets possédés par une âme totémique, il faut l'autorisation de la personne qui a ce totem pour se servir de cet objet sacré - totemisé -)

Il serait intéressant donc de revisiter les modalités de résolution des conflits de possession dans les cultures primitives en rapport avec l'évolution des notions cosmologiques religieuses en leur sein. Alors que chez les australiens un rocher, un arbre un ruisseau pouvait être sacré, il n'appartenait pas au clan, et les autres clan pouvaient venir s'y rafraîchir en demandant la permission certes, mais qui ne leur était pas refusée à priori (ancêtre des formules de politesses en sorte, dont il est inconvenant à priori de ne pas exhausser les voeux), d'autant que les membres du clan de l'eau ne pouvant boire au ruisseau eux même, mais pouvaient néanmoins se la faire offrir une fois tirée du ruisseau par des membres d'autres clans (ce n'était plus tant de l'eau "vive" que de l'eau plate alors).

Mais chez les amérindiens certaines terres avait été "héritées" de leur grand ancêtres totémiques qui leur en avait donné la jouissance : pas encore tout à fait une possession (quoi que ce soit dit ainsi, "terres données" tout court), mais pour le moins donc un usufruit in éternam. A rapprocher avec l'idée des australiens que leur savoir faire en matière de production (lances et menus objets) avait été inventé par leur ancêtre totémique, par le totem donc, et transmis ainsi au clan, toute production était ainsi dédiée au totem, c'est à dire au clan qui en tenait l'usufruit des ancêtres pour ainsi dire - Cf. Terre promise pour les Hébreux -.

 

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