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 Le Totémisme moderne (suite)

La sacralisation de la personne, en tant que fusionnant avec l'âme de son totem, lui confère l'âme du groupe. L'individu n'existe qu'en tant qu'habité par l'âme collective, qu'il décline néanmoins à sa façon.

Bref, l'appartenance à un groupe d'intérêt intellectuel commun confère à l'individu son identité : la première identité est celle conférée par le groupe familial dont on hérite du nom (et de l'âme), comme dans les clans totémiques. A cette différence près que dans les cultures primitives on n'a qu'un seul clan et totem pour la vie, et l'identité de chacun se confond presque avec l'identité du groupe.

Les sociétés modernes permettent d'adhérer à une multitude de cultes ou totem. On peut-être athée, poitevin, commerçant, fan des Rolling Stones, de Belmondo, d'Einstein, des Lacoste, être socialiste, faire partie d'un club de sport et autre cercle littéraire, et de sa famille propre de surcroit. Bref avoir de multiples centres d'intérêt, mais qui sont autant de totems formant des clans distincts ; Et qui ensembles forgent une identité qui finit par être très singulière (deux coktails identiques de totems c'est très rare). En gros le croyant moderne est un peu schizophrène en matière d'identité mystiquement acquise.

Le clan des individualistes

D'ailleurs Durkheim se demandait si la religion ne tendait pas vers un mysticisme individualisé, chacun ayant un rapport de plus en plus personnel à sa foi, et non tant plus cornaquée de l'extérieur par le social.

C'est oublier un paradoxe : Un individualiste fait partie d'un groupe qui se reconnaît dans les valeurs de l'individualisme, et fait donc partie de ce groupe. Certes il ne ressemble pas à s'y méprendre à son corelégionaire (quoi que, à un certain niveau), mais ils ont en commun cette âme qui les poussent à suivre leur propre chemin. Leur totem commun reste l'individualisme : Il ne sont donc pas des modules si indépendants les uns des autres que les apparences nous laisseraient croire . En somme l'individualiste n'est qu'un membre d'une confrèrie informelle qui unit tous ses membres dans les mêmes valeurs, paradoxe mais parfaitement cohérent.

Qu'un gouvernement veuille standardiser les comportements, et on verrait les individualistes défiler ensembles pour revendiquer leur droits à ne pas faire comme leur voisin (voir même ne pas défiler concommitamment par refus commun de jouer aux moutons)

Par ailleurs le patriotisme est une religion de type clannique et totémique (le drapeau, la nation), de même que le communautarisme qui n'en est qu'un avatar... Le problème réside dans le fait où ces religions modernes se sont coupées de leurs racines totémiques. Le totémisme est entre autre un système qui organise la société entre diverses religions. Non pas comme la laïcité qui leur permet de se supporter à minima, mais comme un système global où chaque culte est nécessaire et complémentaire des autres (voir chapitre "Paranoïa religieuse"). Ce sont des religions modernes et absolutistes qui se veulent non seulement auto-suffisantes en elles-mêmes, mais surtout exclusives des autres.

Prenons la Grèce antique : Ce qui fit son développement n'est pas tant le génie propre des grecs, que la concurence exacerbée entre des cités nations, placées chacune sous la protection d'un dieu différent. Mieux la Grèce était en compétition avec ses voisins perses auxquels elle fit maints emprunts techniques, politico-philosophiques, théologique... au point même que la grèce n'eut carrément sans doute pas existé sans la Perse (certains avancent même que si Alexandre le Grand a incendié Persépolis, c'était qu'il y avait découvert que la culture Perse était à l'origine de la culture grecque et aurait voulu en effacer la trace - En fait les deux cultures étaient inter dépendantes -)

Ainsi l'Europe a bien souvent failli sombrer dans l'exacerbation de ses patriotismes absolutistes et exclusifs avant qu'elle ne les assume comme complémentaires dans l'Union Européenne (quoi que l'Allemagne imposerait bien son modèle encore de temps à autre).

L'autre, le différent, l'étranger est ainsi aussi indispensable, voir plus, à la constitution de notre identité que nos propres valeurs en ce sens que nous formons avec lui une communauté d'ordre supérieure à la notre : l'Humanité (quand même !).

Prenons une autre religion : le Sport. C'est l'affrontement de plusieurs nationalismes : Paris contre Marseille ; Madrid (castillane) contre Barcelonne (catalane) ; voir carrément les états dans les compétitions internationales. Mais aucun match ne pourrait avoir lieu s'il n'y avait qu'une seule équipe, un seul concurrent, ou si une équipe excluait toutes les autres de la compétition : La valeur d'une équipe ne vaut que dans la confrontation où l'autre est indispensable. Bien sûr que l'O.M. est le meilleur, encore faut-il le vérifier concrêtement. L'absolutisme n'y a pas sa place, sauf comme prétexte impérieux à la rencontre avec l'autre.

Et c'est facteur de progrès identitaire en soi : A confronter le résultat de nos choix tactiques et d'entrainement, on finit par les ajuster, en prenant souvent exemple sur nos adversaires, pour nous parfaire - où notre identité est généralement le résultat d'emprunts successifs à l'identité des autres. Notre excellence est en sorte fonction de celle des autres et a besoin d'elles.

Alors évidemment avoir une identité spécifique, c'est se démarquer de l'autre. On ne peut renier qu'une identité n'est qu'une variable par rapport à d'autres prises comme références. L'unicité identitaire est ainsi fonction de la multiplicité des identités : Si deux identités se ressembaient au point de pouvoir se fondre l'une dans l'autre, cela annihilerait la singularité identitaire, aussi si l'altérité n'existait pas il faudrait l'inventer.

Pour revenir à l'individualisme : L'individualisme n'est pas l'éclatement social en une miriade de particules indépendantes, c'est au contraire la divesification ou déclinaison d'un même principe qui va chercher des solutions originales dans de multiples directions... avant de faire remonter au noyau central le résultat de leurs différentes investigations.

Durkheim peut donc dormir tranquille : l'individualisme religieux n'est qu'un collectivisme religieux d'un genre particulier tout simplement.




 

Terre et identité

Dans certaines tribus, l'appartenance à un clan était dévolue à l'enfant en fonction du lieu où la mère avait découvert sa grossesse (insémination mythique). Au delà de l'anecdote, cela marque l'importance des lieux d'origine dans la genèse d'une identité : Sauf exceptions on restera français, ch'ti et lensois toute sa vie, même si on émigre à Toulouse et devient fan du "Stade Toulousain", ou en Nouvelle Zélande et des "All Black".

Il pourra surajouter autant de bribes identitaire marseillaises ou autres à son noyau au point de le rendre méconnaissable, mais il restera ch'ti dans l'âme au fond. 




 

Clans Totems et identités

Ce qui donne une identité c'est avant tout  le(s) clan(s) dans lequels on se reconnait et qui nous reconaissent. C'est à dire les totems auxquels on souscrit.

Mais attention un totem peut en cacher un autre.

Prenons le racisme ? A priori un raciste de base se dira avant tout français, voir de culture chrétienne ou occidentale, et n'admettra pas que certaines personnes ne possédant ou ne se réclamant pas de ces attributs viennent marcher sur ses plates bandes.

Et tout à coup, un certain nombre de français souchards peuvent se fédérer autour de l'idée de défendre ce qu'ils imaginent de leur identité "française". On notera d'abord que ceci est une illusion en soi, car chacun a sa propre conception de l' "âme française". Mais admettons un vague consensus mou.

En face nous aurons des communautés qui, à force de se voir ostracisées par ces "bons français", revendiquerons leurs cultures. Nonobstant on peut être juif ou noir, arabe ou "du voyage", et se sentir parfaitement français dans l'esprit républicain. Mais le racisme a tendance à engendrer le racisme, et à cristaliser les communautés en communautarismes.

Au final, une défiance raciste réciproque s'installera. On définira le racisme comme une défiance de la différence à minima, allant jusqu'à la haine de cette différence.

Ainsi quand des individus s'empêtrent dans le racisme réciproque, ils croient le faire au nom de leur identité, c'est à dire de leurs totems religieux ou culturels, mais ce faisant elles souscrivent avant tout à la détestation de la différence qui fait ainsi Totem pour eux.

Leur Totem n'est plus le drapeau français, le Coran, leur culture, le Totem principal devient "la Haine de la Différence".

Notons que la République Française éccarte le racisme à priori dans sa déclaration des droits de l'homme, donc se réclamer d'elle pour faire du racisme est d'emblée rédhibitoire , idem aussi pour le Coran qui prône maintes fois la bienveillance et la miséricorde (énormément plus que la riposte uniquement réservée à la légitime défense).

Donc le raciste quitte son clan d'origine pour adhérer au clan de la haine, où l'origine identitaire n'est plus qu'un prétexte mal ficelé pour mieux le trahir.

Donc bien qu'is s'en réclament, ces racistes trahissent leur clan d'origine en adhèrant au même clan que leurs adversaires, celui de la haine où "Qui est contre est tout contre".

Vu d'amérique la guerre 14-18 devait être absolument incompréhensible : Pourquoi tant de haines patriotiques où des adversaires héréditaires (français anglais) combattaient ensemble des alliés d'hier (prussiens et autrichiens pour les anglais) ?

Et de fait les patriotes russes, prussiens, autrichiens, anglais, français et autres ont oeuvré contre leurs intérêts patriotiques au profit des américains qui ont assis leur suprématie mondiale dans cette immense gabegie économique et démographique européenne.

Le seul Totem qui y ait gagné est celui de la Haine, car les nations totémiques se sont toutes retrouvées à genoux dans l'affaire (sauf Us).




 

Langues et identités claniques

Au début, appartenir à un totem sacré c'était porter son nom clanique, c'est à dire de famille, en même tant qu'être habité par l'âme du totem (on dit encore je suis chrétien). Non seulement tout le monde portait le même nom de famille, du totem, mais tout objet appartenant au clan totémique était marqué à l'emblème du totem, car habité par lui : le signe écrit et le nom donné sont donc indiscociables de l'âme collective. Aussi la langue est-elle devenue un marqueur identitaire au fil du temps. La langue ne sert pas tant à décrire les choses qu'à leur donner une âme, un sens sacré... dire les choses c'est leur donner du sacré : Ainsi si la science est investie d'un pouvoir "magique", on parlera d'elle avec respect. Les mots n'ont tant d'importance que dans leurs connotations "affectivisées", c'est à dire marquant ce qui est important, ou pas pour chacun, ou chaque groupe.

 Ce n'est tant d'ailleurs qu'un francophone investissent les choses autrement qu'un anglophone dans le language : il y a sans doute plus de similitudes identitaires entre francophones et anglophones africains qu'entre francophones métropolitains et africains. Ce n'est tant une question idéologique que de marquage totémique, donnant d'autres mots aux choses, elles sont sensées être habitée par une âme différente, donc un investissement sacré différent. Ceci est parfaitement illusoire, mais touche à la nature même de la genèse sacrale du language, et a donc un impact psychique et idéologique identitaire très puissant.

 

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