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Chapitre IX

La Notion d'Esprits et de Dieux

Déjà, les religions australiennes reconnaissent, au-dessus de l'âme, des personnalités mythiques d'un ordre supérieur : des esprits, des héros civilisateurs et même des dieux proprement dits. Sans entrer dans le détail des mythologies, il nous faut, tout au moins, rechercher sous quelle forme ces trois catégories d'êtres spirituels se présentent en Australie et de quelle manière elles se rattachent à l'ensemble du système religieux.

I

Âmes ou Esprits ?

Une âme n'est pas un esprit. Elle est internée dans un organisme déterminé... normalement, elle en est prisonnière. Elle ne s'en échappe définitivement qu'à la mort, et encore... avec quelques difficultés. L'esprit, lui, bien qu'il soit souvent uni par des liens étroits à un objet particulier, à une source, à un rocher, à un arbre, à un astre, etc., bien qu'il y réside de préférence, peut s'en éloigner à volonté pour mener dans l'espace une existence indépendante. Aussi a-t-il un cercle d'action plus étendu. Il peut agir sur tous les individus qui l'approchent ou dont il s'approche.

L'âme, au contraire, n'a guère d'influence que sur le corps qu'elle anime ; c'est très exceptionnellement que, au cours de sa vie terrestre, il lui arrive d'affecter des sujets étrangers.

Mais si l'âme n'a pas les caractères distinctifs de l'esprit, elle les acquiert, au moins en partie, par la mort. En effet, une fois désincarnée, et tant qu'elle n'est pas de nouveau descendue dans un corps, elle a la même liberté de mouvements qu'un esprit. Sans doute, quand les rites du deuil sont accomplis, elle est censée partir aux pays des âmes; mais d'abord, elle reste pendant assez longtemps autour du tombeau. De plus, alors même qu'elle s'en est défintivement éloignée, on croit qu'elle continue à rôder autour du camp, dans la brousse. Généralement, on se la représente comme un être plutôt bienfaisant, surtout pour les membres de sa famille qui survivent : nous avons même vu que l'âme du père vient aider à la croissance de ses enfants ou de ses petits-enfants. Mais il arrive aussi qu'elle fait preuve d'une véritable cruauté ; tout dépend de son humeur et de la manière dont elle est traitée par les vivants. Aussi est-il recommandé, surtout aux femmes et aux enfants, de ne pas s'aventurer hors du camp pendant la nuit, afin de ne pas s'exposer à de dangereuses rencontres.

Cependant, un revenant n'est pas un véritable esprit. D'abord, il n'a généralement qu'une puissance d'action restreinte ; ensuite, il n'a pas d'attributions définies. C'est un être vagabond à qui n'incombe aucune tâche déterminée ; car la mort a eu justement pour effet de le mettre en dehors de tous les cadres réguliers ; c'est, par rapport aux vivants, une sorte de déclassé. Un esprit, au contraire, a toujours une efficacité d'un certain genre et c'est même par là qu'il se définit ; il est préposé à un certain ordre de phénomènes, cosmiques ou sociaux; il a une fonction plus ou moins précise à remplir dans le système du monde.

Mais il est des âmes qui satisfont à cette double condition et qui sont au sens propre des esprits. Ce sont les âmes de ces personnages mythiques que l'imagination populaire a placés à l'origine des temps, ... En un sens, ce sont bien encore des âmes puisqu'elles passent pour avoir jadis animé des corps dont elles se sont séparées à un moment donné. Mais, alors même qu'elles vivaient d'une vie terrestre, elles possédaient déjà... des pouvoirs exceptionnels ; elles avaient un mana supérieur à celui des hommes ordinaires et elles l'ont conservé. De plus, elles sont chargées de fonctions déterminées.

En premier lieu, ... Elles sont préposées au phénomène de la conception.

Une fois que la conception est opérée, la tâche de l'ancêtre n'est pas terminée. C'est à lui qu'il appartient de veiller sur le nouveau-né. Plus tard, quand l'enfant est devenu un homme, il l'accompagne à la chasse, rabat vers lui le gibier, l'avertit, par la voie des songes, des dangers qu'il peut courir, le protège contre ses ennemis, etc. On se demandera, il est vrai, comment... il est possible à l'ancêtre de s'acquitter de cette fonction ; car, puisqu'il se réincarne au moment de la conception, il devrait, semble-t-il, se confondre avec l'âme de l'enfant et, par suite, ne saurait le protéger du dehors. Mais c'est qu'en réalité il ne se réincarne pas tout entier ; il se dédouble seulement. Une partie de lui-même pénètre dans le corps de la femme et la féconde ; une autre continue à exister au dehors et, sous le nom spécial d'Arumburinga, remplit l'office de génie tutélaire.

On voit combien grande est la parenté de cet esprit ancestral avec le genius des Latins, et le daimôn des Grecs. L'identité fonctionnelle est complète. Le genius, en effet, c'est d'abord celui qui engendre, qui gignit; il exprime et personnifie la puissance génératrice. Mais en même temps, c'est le protecteur, le directeur de l'individu particulier à la personne duquel il est attaché. Enfin, il se confond avec la personnalité même de cet individu; il représente l'ensemble des penchants et des tendances qui le caractérisent et lui font une physionomie distinctive au milieu des autres hommes. C'est de là que viennent les expressions connues indulgere genio, defraudare genium avec le sens de suivre son tempérament naturel. Au fond, le genius est une autre forme, un double de l'âme même de l'individu. C'est ce que prouve la synonymie partielle de genius et de manes. Les mânes, c'est le genius après la mort ; mais c'est aussi ce qui survit du défunt, c'est-à-dire son âme. De la même manière, l'âme de l'Arunta et l'esprit ancestral qui lui sert de genius ne sont que deux aspects différents d'un seul et même être.

Mais ce n'est pas seulement par rapport aux personnes que l'ancêtre est situé d'une manière définie ; c'est aussi par rapport aux choses. Bien qu'il soit censé avoir sous terre son véritable habitat, on croit qu'il hante sans cesse l'endroit où se trouve l'arbre ou le rocher nanja, le trou d'eau qui S'est formé spontanément au point précis où il a disparu dans le sol, après avoir terminé sa première existence. Comme cet arbre ou ce rocher passe pour représenter le corps du héros, on imagine que son âme elle-même y revient sans cesse et y habite à titre plus ou moins permanent ; c'est par la présence de cette âme qu'on explique le respect religieux que ces endroits inspirent. Nul ne peut casser une branche de l'arbre naja sans s'exposer à tomber malade. « Autrefois, le fait de l'abattre ou de le dégrader était puni de mort. Un animal ou un oiseau qui s'y réfugie ne doit pas être tué. Même les bosquets environnants doivent être respectés : le gazon ne doit pas être brûlé. Les rochers, eux aussi, doivent être traités avec respect. Il est interdit de les déplacer et de les briser. » Comme ce caractère sacré est attribué à l'ancêtre, celui-ci apparaît comme l'esprit de cet arbre, de ce rocher, de ce trou d'eau, de cette source. Que la source soit considérée comme soutenant quelques rapports avec la pluie, et il deviendra un esprit de la pluie. Ainsi, ces mêmes âmes qui, par un côté, servent de génies protecteurs aux hommes, remplissent en même temps des fonctions cosmiques. ... dans le Queensland septentrional, les esprits de la nature seraient des âmes de décédés, qui auraient élu domicile dans les forets on dans les cavernes.

Voilà donc, cette fois, des êtres spirituels qui sont autre chose que des âmes errantes et sans efficacité définie. Strehlow les appelle des dieux ; mais l'expression est impropre, au moins dans la très grande généralité des cas. En effet, dans une société comme celle des Arunta, où chacun a son ancêtre protecteur, il y aurait autant ou plus de dieux qu'il n'y a d'individus. Ce serait introduire de la confusion dans la terminologie que de donner le nom de dieu à un être sacré qui n'a qu'un fidèle. Il peut se faire, ... que la figure de l'ancêtre grandisse au point de rappeler celle d'une divinité proprement dite. Chez les Warramunga, le clan tout entier est censé descendu d'un seul et unique ancêtre. Et ... cet ancêtre collectif a pu devenir l'objet d'une dévotion collective. Le serpent Wollunqua, bête mythique, dont le clan du même nom passe pour en être issu, continuerait à vivre dans un trou d'eau qu'entoure un respect religieux. Aussi le clan la vénère collectivement : par des rites déterminés, on s'efforce de lui plaire, de se concilier ses faveurs, on lui adresse des sortes de prières, etc. On peut donc dire qu'elle est comme le dieu du clan. Mais c'est un cas très exceptionnel,... Normalement, l'expression d'esprits est la seule qui convienne pour désigner ces personnages ancestraux.

Quant à la manière dont s'est formée cette conception, elle ressort de tout ce qui précède.

L'existence d'âmes individuelles ne se pouvait comprendre si l'on n'imaginait un fond originel d'âmes fonda­mentales dont toutes les autres fussent dérivées. Or ces âmes archétypes devaient nécessairement être conçues comme contenant en elles la source de toute efficacité religieu­se ; car, comme l'imagination ne remonte pas au delà, c'est d'elles et d'elles seules que sont censées provenir toutes les choses sacrées, les instruments du culte, les membres du clan, les animaux de l'espèce totémique. Elles incarnent toute la religiosité diffuse dans la tribu et dans le monde, et voilà pourquoi on leur attribue des pouvoirs sensiblement supérieurs à ceux dont jouissent de simples âmes d'hommes. D'ailleurs, le temps, à lui seul, accroît et renforce le caractère sacré des choses. Un churinga très ancien inspire beaucoup plus de respect qu'un churinga récent et on lui suppose plus de vertus. Les sentiments de vénération dont il a été l'objet pendant la série des générations successives qui l'ont manié se sont comme accumulés en lui. Pour la même raison, des personnages qui, depuis des siècles, sont l'objet de mythes qui se transmettent respectueusement de bouche en bouche et que les rites mettent périodiquement en action, ne pouvaient manquer de prendre, dans l'imagination populaire, une place tout à fait à part.

Mais comment se fait-il que, au lieu de rester en dehors des cadres de la société, ils en soient devenus membres réguliers ?

C'est que chaque individu est le double d'un ancêtre. Or, quand deux êtres sont à ce point parents, ils sont naturellement conçus comme solidaires; puisqu'ils participent d'une même nature, ce qui affecte l'un doit affecter nécessairement l'autre. La troupe des ancêtres mythiques se trouva ainsi rattachée par un lien moral à la société des vivants ; on prêta aux uns et aux autres les mêmes intérêts et les mêmes passions ; on vit en eux des associés. Seulement, comme les premiers avaient une dignité plus haute que les seconds, cette association prit, dans l'esprit public, la forme d'un rapport entre supérieurs et inférieurs, entre patrons et clients, entre bienfaiteurs et assistés. C'est ainsi que prit naissance cette curieuse notion du génie tutélaire, attaché à chaque individu.

La question de savoir comment l'ancêtre fut mis en rapports non seulement avec les hommes, mais aussi avec les choses, peut paraître plus embarrassante ; car on ne voit pas, au premier abord, quelle relation il peut y avoir entre un personnage de ce genre et un arbre ou un rocher, Mais un renseignement que nous devons à Strehlow nous fournit de ce problème une solution pour le moins vraisemblable.

Ces arbres et ces rochers ne sont pas situés sur des points quelconques du territoire tribal, mais ils sont principalement massés autour de ces sanctuaires, appelés ertnatulunga d'après Spencer et Gillen, arknanaua d'après Strehlow, sont déposés les churinga du clan. On sait de quel respect ces endroits sont entourés par cela seul que les plus précieux instruments du culte y sont conservés. Aussi chacun d'eux rayonne-t-il de la sainteté tout autour de lui. C'est pour cette raison que les arbres, les rochers voisins apparaissent comme sacrés, qu'il est interdit de les détruire ou de les détériorer, que toute violence exercée sur eux est sacrilège. Ce caractère sacré est dû, en réalité, à un simple phénomène de contagion psychique mais l'indigène, pour s'en rendre compte, est obligé d'admettre que ces différents objets sont en rapports avec les êtres dans lesquels il voit la source de tout pouvoir religieux, c'est-à-dire avec les ancêtres de l'Alcheringa, De là vint le système de mythes que nous avons rapporté. On imagina que chaque ertnatulunga marquait le lieu un groupe d'ancêtres s'était abîmé sous terre, Les tumulus, les arbres qui recouvraient le sol furent censés représenter leurs corps. Mais, comme l'âme, d'une manière générale, garde une sorte d'affinité pour le corps où elle a vécu, on fut naturellement amené à croire que ces âmes ancestrales continuaient à fréquenter, de préférence, ces emplacements où leur enveloppe matérielle subsistait. On les situa donc dans ces arbres, dans ces rochers, dans ces trous d'eau. C'est ainsi que chacune d'elles, tout en restant attachée à la garde d'un individu déterminé, se trouva transformée en une sorte de genius loci et en remplit la fonction.

Ces conceptions, ainsi élucidées, nous mettent en mesure de comprendre une forme de totémisme que nous avons dû, jusqu'à présent, laisser inexpliquée : c'est le totémisme individuel.

Esprits tutellaires

Un totem individuel se définit essentiellement par les deux caractères suivants :

1º c'est un être à forme animale ou végétale, qui a pour fonction de protéger un individu;

2º le sort de cet individu et celui de son patron sont étroitement liés : tout ce qui atteint le second se communique sympathiquement au premier. Or les esprits ancestraux dont il vient d'être question répondent à la même définition.

Eux aussi ressortent, au moins en partie, au règne animal ou végétal. Eux aussi sont des génies tutélaires. Enfin un lien sympathique unit chaque individu à son ancêtre protecteur. L'arbre nanja, corps mystique de cet ancêtre, ne peut, en effet, être détruit sans que l'homme se sente menacé. La croyance, il est vrai, perd aujourd'hui de la force. Cependant Spencer et Gillen l'ont encore observée et, en tout cas, ils estiment qu'autrefois elle était générale.

L'identité se retrouve jusque dans le détail des deux conceptions.

Les âmes ancestrales résident dans des arbres ou des rochers qui sont considérés comme sacrés. De même, chez les Euahlayi, l'esprit de l'animal qui sert de totem individuel est censé habiter dans un arbre ou dans une pierre. Cet arbre ou cette pierre sont sacrés nul ne peut y toucher, sauf le propriétaire du totem et encore, quand c'est une pierre ou un rocher, l'interdiction est-elle absolue. Il en résulte que ce sont de vrais lieux de refuge.

Enfin, nous avons vu que l'âme individuelle n'est qu'un autre aspect de l'esprit ancestral ; celui-ci, suivant le mot de Stehlow, sert, en quelque sorte, de second moi. De même le totem individuel des Euhalayi, appelé (Yunbeai, est un alter ego de l'individu: « L'âme de l'homme est dans son Yunbeai et l'âme de son Yunbeai est en lui ». C'est donc, au fond, une même âme en deux corps. La parenté de ces deux notions est si grande qu'elles sont parfois exprimées par un seul et même mot. C'est le cas en Mélanésie et en Polynésie : atai à l'île Mota, tamaniu à l'île Aurore, talegia à Motlaw désignent à la fois l'âme d'un individu et son totem personnel. Il en est de même de aitu à Samoa.

C'est que le totem individuel n'est que la forme extérieure et visible du moi, de la personnalité dont l'âme est la forme invisible et intérieure.

Ainsi, le totem individuel a tous les caractères essentiels de l'ancêtre protecteur et il remplit le même rôle ; c'est donc qu'il a la même origine et procède de la même idée.

L'un et l'autre, en effet, consistent dans un dédoublement de l'âme. Le totem, comme l'ancêtre, c'est l'âme de l'individu, mais extériorisée et investie de pouvoirs supérieurs à ceux qu'elle est censée posséder à l'intérieur de l'organisme. Or, ce dédoublement est le produit d'une nécessité psychologique ; car il ne fait qu'exprimer la nature de l'âme qui est double. En un sens, elle est nôtre : elle exprime notre personnalité. Mais en même temps, elle est en dehors de nous puisqu'elle n'est que le prolongement en nous d'une force religieuse qui nous est extérieure. Nous ne pouvons pas nous confondre complètement avec elle, puisque nous lui attribuons une excellence et une dignité par où elle s'élève au-dessus de nous et de notre individualité empirique. Il y a ainsi toute une partie de nous-mêmes que nous tendons à projeter hors de nous. Cette façon de nous concevoir est si bien fondée dans notre nature que nous ne pouvons pas y échapper, alors même que nous tentons de nous penser sans recourir à aucun symbole religieux.

II

Mauvais esprits

Les esprits dont il vient d'être question sont essentiellement bienfaisants. Sans doute il leur arrive de sévir si l'homme ne se conduit pas avec eux comme il convient; mais il n'est pas dans leur fonction de faire du mal.

Pourtant, l'esprit, par lui-même, peut servir au mal comme au bien. C'est pourquoi, en face des esprits auxiliaires et tutélaires, se constitua tout naturellement une classe de génies malins qui permirent aux hommes de s'expliquer les maux permanents dont ils ont à souffrir, les cauchemars, les maladies, les tourbillons et les tempêtes, etc. Ce n'est pas, sans doute, que toutes ces misères humaines aient paru choses trop anormales pour pouvoir être expliquées autrement que par des forces surnaturelles ; mais c'est que toutes les forces sont alors pensées sous forme religieuse. C'est un principe religieux qui est considéré comme la source de la vie ; il était donc logique de rapporter à un principe du même genre tous les événements qui troublent la vie ou qui la détruisent.

Ces esprits nuisibles semblent bien avoir été conçus sur le même modèle que les génies bienfaisants. On se les représente sous forme animale, ou mi-partie animale et mi-partie humaine ; mais on est naturellement enclin à leur prêter des dimensions énormes et un aspect repoussant. Tout comme les âmes des ancêtres, ils sont censés habiter des arbres, des rochers, des trous d'eau, des cavernes souterrain. Beaucoup nous sont représentés comme des âmes de personnes qui ont vécu d'une vie terrestre. Pour ce qui est des Arunta en particulier ces mauvais génies, connus sous le nom d'Oruncha, sont des êtres de l'Alcheringa. Parmi les personnages de l'époque fabuleuse, il y en avait, en effet, de tempéraments différents : certains avaient des instincts cruels et méchants qu'ils gardent toujours ; d'autres étaient naturellement d'une mauvaise constitution ; ils étaient maigres et décharnés ; aussi, quand ils s'enfoncèrent dans le sol, les rochers nanja auxquels ils donnèrent naissance furent-ils considérés comme des foyers de dangereuses influences.

Seulement, ils se distinguent de leurs congénères, les héros de l'Acheringa, par des caractères particuliers. Ils ne se réincarnent pas ; parmi les hommes vivants, il n'y en a jamais qui les représentent ; ils sont sans postérité humaine. Quand on croit qu'un enfant est le produit de leurs oeuvres, on le met à mort aussitôt qu'il est né. D'autre part, ils ne ressortissent à aucun centre totémique déterminé ; ils sont en dehors des cadres sociaux. A tous ces traits, on reconnaît que ce sont des puissances beaucoup plus magiques que religieuses. Et en effet, c'est surtout avec le magicien qu'ils sont en rapports ; c'est d'eux que, très souvent, il tient ses pouvoirs. Nous sommes donc parvenus ici au point où finit le monde de la religion et où commence celui de la magie; et comme ce dernier est en dehors de notre recherche, nous n'avons pas à pousser plus loin cette étude.

( Là encore nous sommes plus circonspects, ce sont deux faces d'une même médaille : si le totem passe pour ce qui unit l'individu au groupe, le mauvais esprit peut en représenter ce qui peut l'en désunir, mais ici effectivement c'est une force qui s'en prend aux individus un par un. Néanmoins, dans les sociétés modernes les "démons" sont sencés pouvoir avoir une influence collective dans les "folies collectives" en particulier, voir détruire le groupe au cours de ces dernières. En fait si elles ne font pas partie des rites religieux stricto-sensus, c'est qu'évoquer un esprit (bon ou mauvais) l'encourage à se manifester, d'où on n'appellerait pas les forces négatives à se manifester par des rituels contrairement aux forces positives. Aussi les combattre lors de célébrations ce peut les amener à se magnifier comme la mana positive, mais en négatif, et ce ne peut être le but.

Aussi en général, ceci est fait en catimini en relation privée avec le shaman ou marabout, voir on chuchotte les incantations au mauvais esprit pour ne pas réveiller les autres "démons associés". malgré tout, il y a des tas de religions de civilisations agraires, qui ont des rituels quasi officiels de mise à distance du "mal", tel le christianisme à minima dont les rituels consistent essentiellement à nous préserver d'une malédiction originelle, voire constitutive de notre être social par le péché... (voir "totem choisis"), et je ne parle pas des rituels Aztèques, Mayas et Incas. Un excellent livre sur le sujet : "La violence et le sacré" de René Girard (au seuil) qui néanmoins élude la question de l'apparition des rituels sacrificiels dans les civilisations agraires (Voir "totem choisis" aussi). )

 

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